« Penser l’après… » note de lecture de Recherches internationales No 103 avril-juin 2015

Penser l'après. Jacques Fath Essai sur la guerre, la sécurité internationale, la puissance et la paix dans le nouvel état du monde

Penser l’après – Essai sur la guerre, la

sécurité internationale, la puissance et la

paix dans le nouvel état du monde

(Les éditions Arcane 17, 2015, 245 p., 20 €)

Note de lecture de Jacques Le Dauphin


Le monde contemporain est

souvent présenté, comme difficile

à déchiffrer, ambigu dans son indétermination,

voire dangereux. Au

nom d’un certain réalisme, lesté

de concepts périmés, sans grandes

investigations, on laisse penser qu’il

en est ainsi. On entend dire parfois

que les cartes ont été redistribuées

sans que l’on sache vraiment quelles

sont les règles du jeu. Dans de telles

approches le futur apparaît brumeux,

dans un prolongement aléatoire du

présent. Est-il possible de se laisser

enfermer dans une telle perspective,

alors que la société appelle des

changements profonds ? Ne doit-on

pas au contraire, dès maintenant,

penser « l’après » et se projeter vers

un autre avenir. Non pas un avenir

déterminé à l’avance, programmé,

car le futur n’est pas fixé d’avance,

mais pour des objectifs se construisant

au présent.

Jacques Fath s’inscrit dans une

telle démarche. Sa formation, diplômé

de Sciences Po, licencié en sociologie,

son expérience politique acquise

lors d’une longue activité liée aux

problèmes internationaux, les responsabilités

qu’il a exercées, notamment

ces dernières années comme responsable

des relations internationales

du Parti communiste français, lui

permettent d’aborder de manière

nouvelle quelques thématiques clefs.

Ainsi il livre de multiples réflexions sur

le monde, la guerre, les conflits, les

résistances sociales et politiques, sur les

stratégies à l’oeuvre, et leurs impasses.

Cela le conduit tout naturellement à

décrypter le présent. Dans cet esprit il

cherche à prendre le recul nécessaire

pour renverser les analyses traditionnelles,

pour comprendre ce qu’est

réellement l’ordre international actuel.

Il souligne que le monde a changé,

non seulement au regard du siècle

dernier, mais aussi en résultante des

bouleversements géostratégiques

intervenus à la charnière des années

1980-1990. Les enjeux de la sécurité

internationale, la guerre elle-même

sont dans une large mesure inédits.

Jacques Fath interroge : « sommes

nous capables de “lire” ce nouveau

monde » ? « Comment appréhender

les nouvelles et multiples formes

de conflictualité constitutives des

crises, des violences politiques et

sociales, des risques et des menaces

à la sécurité, caractéristiques de notre

période » ? En réponse le livre permet

de mieux saisir certains des processus

complexes qui peuvent expliquer

dans le contexte d’aujourd’hui la

nature de la conflictualité, de la violence

et du terrorisme.

Le paradigme de la puissance

est aujourd’hui légitimement mis

en cause, alors qu’il se situe encore

comme moyen et comme finalité, au

coeur des choix stratégiques effectués

tant dans les domaines de la politique

internationale et de la défense que

dans l’économie et dans bien d’autres

domaines civils. La période qui s’est

ouverte avec le 11 septembre 2001

marque un retour à la puissance militaire,

comme outil, comme l’ultime ratio

des relations internationales. Ce qui

conduit inévitablement à la recherche

de nouveaux équilibres des puissances

militaires. Ainsi Jacques Fath souligne

la vicissitude de la puissance militaire,

l’impasse des politiques appliquées et

des réponses fondées sur la puissance et

l’exercice de la force. Les échecs enregistrés

par les troupes américaines et celles

de l’Otan en Afghanistan, en Irak, en sont

l’expression. À quoi servent la puissance

militaire et la prévention nucléaire face

aux conflits ouverts aujourd’hui ? Elles

ne sont pas susceptibles d’apporter une

réponse adéquate.

Que penser à ce sujet des armes

nucléaires considérées comme

moyen d’exercer la puissance ? Les

armes nucléaires et par là même la

politique de dissuasion qui s’y rattache

ont singulièrement perdu de leur

pertinence stratégique. Il reste que ces

armes par leur nature constituent un

danger permanent. D’où la nécessité

d’un traitement politique multilatéral

particulier et un engagement résolu

contre leur prolifération, pour leur

élimination et leur interdiction. C’est

dans cette voie que la France devrait

s’engager, au lieu et place d’une

modernisation de ses arsenaux existants,

qui n’assure en rien sa sécurité,

ni son rang dans le monde.

Pour conclure Jacques Fath pense

que nous vivons un changement de

paradigme historique, avec l’épuisement

d’un certain ordre international.

Les politiques mises en oeuvre ne

permettent pas de penser « l’après ».

Combler le vide stratégique est un

impératif ; un autre ordre international

est à construire, dans l’exigence

de la responsabilité collective, du

multilatéralisme, du désarmement et

de la sécurité humaine. Promouvoir

un autre monde n’est pas une utopie,

mais une exigence sociale, une

ambition politique et une forme de

révolution dans la pensée.

Toutes ces idées avancées dans

le livre et présentées ici de manière

très sommaire incitent fortement à

la lecture et à sa diffusion.

Jacques Le Dauphin

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