» Il y a urgence à penser une mondialité solidaire…  » Interview à La Marseillaise, 25 octobre 2015

Avec « Penser l’après… » Jacques Fath, ancien responsable des relations internationales du PCF, livre une analyse sur l’ordre mondial. Et les pistes pour le changer.

Interview réalisée par Sébastien Madau, Rédacteur en chef.

Avec « Penser l’après… »,Penser l'après. Jacques Fath Essai sur la guerre, la sécurité internationale, la puissance et la paix dans le nouvel état du monde

L’actuel cadre des relations internationales

n’est pas des plus

réjouissants. Comment l’expliquer ?

Nous vivons une crise de grande ampleur,

une accélération de l’Histoire qui témoigne

d’un besoin de transformation sociale. Même

aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, des

expressions politiques traduisent cette attente.

Cela mérite réflexion.

Comment renverser la tendance qui

pour beaucoup semble irréversible ?

Nous nous devons de produire une analyse

critique des réalités avec la vision et l’ambition

d’une société nouvelle et d’un autre ordre

international. C’est une façon de s’identifier

comme porteurs d’avenir. C’est compliqué

car nous construisons pour demain tout en

vivant dans le temps politique de l’immédiat

et des solutions immédiates.

Quel aura été le plus grand fléau des

dernières décennies ?

Incontestablement – sur l’international –

les guerres : en Afrique, au Proche-Orient,

contre le peuple palestinien… Les conflits, les

inégalités, les humiliations, les dominations

ont créé un état de violence et d’insécurité

majeure pour les peuples et le monde. Du

coup, pour les communistes, les progressistes,

c’est toute une vie militante consacrée

à la solidarité, à la justice, à la démocratie,

à la paix.

Que serait une vision progressiste de la

sécurité du monde ?

Le terme de sécurité peut interroger. Mais

je crois à son bien-fondé dans un contexte

de crise. Il faut répondre en construisant de

la sécurité économique, sociale, écologique,

institutionnelle.

Cette insécurité mondiale n’est-elle pas

la conséquence d’un échec de l’ONU ?

Si l’ONU n’existait pas, je ne sais pas dans

quel monde nous vivrions. Elle reste un

cadre universel et légitime indispensable.

Elle devrait être réformée pour renforcer les

pratiques du multilatéralisme, empêcher son

instrumentalisation. L’ONU est en danger.

L’urgence est de la préserver.

« Il faut une rupture, mettant en cause jusqu’à l’existence même de l’Otan»

L’ordre mondial ne sera-t-il pas le même

tant qu’existera l’OTAN ?

Avec la chute du Mur, en 1989, on pouvait

penser à sa disparition. Mais les puissances

occidentales ont choisi de la conserver pour

faire valoir leurs intérêts stratégiques et leur

visées hégémoniques. En France, un gouvernement

dirigé par le PS s’est s’inscrit dans

cette logique de type néo-impérial. Sarkozy

avait engagé le processus de réintégration

dans l’organisation militaire de l’OTAN,

Hollande a entériné ce choix qui nourrit les

conflits et les ventes d’armes dans le contexte

international d’une course aux armements

qualitativement nouvelle. Il faut une rupture

mettant en cause jusqu’à l’existence de

l’OTAN.

En Syrie, la situation a échappé à tout

le monde, et l’heure est à l’urgence.

Effectivement. Nous sommes devant un

cumul de problèmes : pauvreté, despotismes,

corruption, déstabilisation sociale et institutionnelle,

expansion du terrorisme, fruit de

la crise et des guerres de domination. Et les

bombardements de la France, dans le cadre

de la coalition dirigée par Washington, ne

sont qu’une posture militarisée dans un

contexte préoccupant. C’est le multilatéralisme

onusien qui devrait être le cadre

des solutions et des négociations pour une

issue politique en Syrie, pour une réponse

sécuritaire régionale commune à l’offensive

du djihadisme armé. Devant de tels défis la

responsabilité collective devrait l’emporter

dans une concertation qui n’exclut personne,

ni la Russie, ni l’Iran.

Mais comment cultiver ce besoin de

sécurité en temps de paix ?

Penser l’après signifie construire les conditions

d’une Sécurité humaine (un concept

de l’ONU) et de développement social pour

tous. C’est parce que cette exigence a été sacrifiée

sur l’autel des intérêts de puissances

et des politiques néocoloniales que l’on se

retrouve devant des crises qui appellent des

réponses immédiates difficiles à mettre en

oeuvre. Les peuples paient cher les violentes

politiques d’exploitation et de domination

capitalistes. Plus les urgences se font pressantes,

plus elles poussent à penser l’après

pour construire une mondialité solidaire.

Cela impose un effort de créativité politique.

Cet été, les rapports internationaux se

sont portés sur la Grèce. Est-on éloigné

des problématiques de sécurité?

Pas du tout. Le rapport est même évident!

Nombre de pays sont placés sous ajustement

structurel c’est-à-dire sous conditionnement

néolibéral draconien. C’est le cas de la Grèce.

L’ultralibéralisme produit les conditions de

l’affaiblissement économique, du démantèlement

social, de la déliquescence des Etats.

Cela crée une prédisposition aux conflits.

L’Europe est touchée différemment du fait

de son niveau de développement et de ses

systèmes institutionnels. Mais chaque fois,

la logique de la déstructuration des sociétés

se met en marche lorsque les peuples, sous

contrainte extérieure, n’accèdent plus aux

moyens suffisants pour leur développement.

Depuis 1945, la question de l’armement

nucléaire a cristallisé les positions.

Pour le 70e anniversaire des bombardements

atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, on

attendait un vrai débat sur ces questions.

Il a été contourné. Durant la guerre froide,

la question était centrale. Aujourd’hui, elle

se pose différemment. Le nucléaire militaire

n’est pas une option pertinente dans

les crises actuelles. C’est un basculement

géopolitique. Nous avons deux raisons justifiant

le combat pour le désarmement et l’élimination

des armes nucléaires. D’abord, ces

armes font peser une menace existentielle

inacceptable, des risques d’accident redoutables

et une insécurité permanente. Elles

doivent être éliminées et interdites comme

les autres armes de destruction massives

chimiques et biologiques. Ensuite, les armes

nucléaires ont perdu de leur pertinence stratégique.

Elles sont censées garantir un statut

politique de puissance dominante. D’où la

crispation française sur la dissuasion. Cette

situation explique que 159 pays de l’ONU se

sont prononcés pour leur abolition. Ce n’est

pas rien !

Comment le communiste que vous êtes a

dû « penser l’après » chute du Mur ?

Il a fallu affronter l’échec des pays dits du

socialisme réel qui se voulait une alternative

au capitalisme. Mais les communistes français

avaient déjà évolué. Nous n’étions pas

totalement désarçonnés. Aujourd’hui, c’est le

système d’exploitation et le monde du capitalisme

qui montrent leur inefficacité structurelle,

leurs dérives antidémocratiques,

leurs violences insupportables. La chute du

Mur est un appel à dépasser les modes de

développement jusqu’ici expérimentés. Mais

nous devons faire face à ce que j’appelle la

crise de la pensée stratégique : une pensée

de la guerre, de la puissance et de l’exercice

de la force, aujourd’hui en échec. Mais l’enjeu

est plus global. Il porte sur la capacité à

répondre à tous les questionnements économiques,

sociaux, écologiques et mondiaux.

A changer le monde, en quelque sorte !

« Penser l’après… Essai sur la guerre, la sécurité internationale,

la puissance et la paix dans le nouvel état du monde»

Editions Arcane 17 / 2015

Infos sur https://

jacquesfathinternational.

wordpress.com/

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